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Asie & Zen

Wushu (2008) : le wushu sportif au secours d’un scénario de série B

Wushu film 2008

Cinq gamins rejoignent une école de wushu dans les années 90, tissent des liens indéfectibles sous l’œil bienveillant de leur maître, sautent dix ans plus tard en pleine compétition nationale, et se retrouvent malgré eux à démanteler un réseau de kidnappeurs d’enfants. Voilà le deal honnête de Wushu, un film sans prétention qui mise tout sur ses authentiques démonstrations martiales plutôt que sur des acrobaties hollywoodiennes.

Réalisé par Antony Szeto en 2008 avec Sammo Hung en pilier paternelle, ce long-métrage sent le cinéma hongkongais de milieu de tableau. Loin des fresques wuxia grandioses mais rafraîchissant par son ancrage dans le wushu compétitif réel. On va explorer ses qualités martiales, son intrigue de bon élève sans surprise, le charisme intact de Sammo, et pourquoi ce « petit film sympa » remplit son office sans viser les étoiles.

Des champions réels, du wushu authentique

L’atout maître de Wushu, c’est son casting : des pratiquants professionnels, médaillés nationaux chinois, qui exécutent les formes de wushu moderne (taolu) avec une fluidité et une précision qui font passer les films d’action pour des concours de salto approximatifs. Pas de câbles invisibles, pas de chorégraphies trafiquées pour le cinéma. On assiste ici à des démonstrations d’école, où la grâce des mouvements lents alterne avec des explosions de vitesse et de puissance, le tout filmé en plans larges pour capter l’étendue des gestes.

Les compétitions servent de colonne vertébrale narrative : chaque discipline – épée, sabre, lance, poing, crosse – devient un climax technique, avec juges, notes, pression psychologique. Antony Szeto, lui-même pratiquant, rend hommage au sport en montrant ses exigences : répétitions interminables, blessures, discipline mentale. Pour qui apprécie le wushu comme art chorégraphié plutôt que comme outil de baston, ces séquences valent le détour, surtout comparées aux excès filants des wu xia pian contemporains.

L’intrigue déroule le manuel du genre sans jamais dévier : les cinq amis d’enfance, devenus adultes, se réunissent pour un championnat décisif. L’un des anciens élèves, He Le (Waï Cheung), a dévié vers le crime en enlevant des enfants pour un gang. Quand des jumeaux, orphelins pupilles de l’école, disparaissent à leur tour, le groupe bascule dans l’action : filatures, affrontements, climax où les compétences sportives servent enfin à quelque chose de concret.

Sammo Hung, en maître d’école bourru et paternel, porte l’ensemble avec son autorité naturelle. Son personnage, veuf dévoué à ses élèves, injecte une chaleur humaine bienvenue. Culminant dans un combat final où il affronte le chef des kidnappeurs dans un échange brutal et minimaliste. Mais le scénario reste reop prévisible : on sait dès le début qui survivra, qui se rachètera, comment le tournoi se terminera. C’est du solide artisanat, sans twist ni ambition narrative, assumé comme un produit familial destiné aux ados fans de sports de combat.

Wushu combat

Sammo Hung, pilier inébranlable du kung-fu

À 57 ans lors du tournage, Sammo démontre qu’il reste une force de la nature : pas de rôle principal tape-à-l’œil, mais une présence magnétique qui vole chaque scène. Entraîneur sévère, père de substitution, combattant usé mais redoutable, il incarne l’essence du maître traditionnel. Avec sa technique irréprochable, sa sagesse bourrue et humour pince-sans-rire. Son duel final, sans fioritures numériques, rappelle pourquoi il a partagé l’affiche avec les plus grands du genre, de Bruce Lee à Jackie Chan. Impact réel, timing parfait, économie de moyens.

Les jeunes héros, tous athlètes réels (Max Zhang, Liu Fengchao, Wang Wenjie), assurent la relève avec conviction. Leurs personnages (leader charismatique, technique froide, impulsif bagarreur, comique avec moins de facilité martiale, etc) respectent les archétypes sans pathos excessif. Ensemble, ils forment une équipe crédible, où l’amitié forgée à l’adolescence motive les sacrifices finaux.

Wushu sportif vs baston de rue : un équilibre fragile

Contrairement aux wu xia excentriques (House of Flying Daggers et ses dagues volantes), Wushu ancre ses combats dans le réel : mouvements issus des compétitions, sans lévitation ni effets spéciaux. Les confrontations avec les kidnappeurs adaptent les taolu à la rue (l’épée droite devient arme improvisée, les sauts périlleux servent à esquiver) mais sans jamais verser dans le spectacle démesuré. C’est rafraîchissant : on sent les limites physiques, les essoufflements, les erreurs tactiques.

Le film distingue bien le wushu « artistique » (formes notées) du combat « appliqué » (survie), avec une morale claire : la discipline sportive forge le caractère pour les vraies batailles. Mais cette hybridation révèle des faiblesses : les chorégraphies de rue manquent parfois de tension dramatique, et le passage du tournoi paisible au thriller criminel se fait un peu abruptement.

Un film modeste qui assume son ambition

Pour résumer c’est un « petit film sympa », loin des délires wuxia mais honnête dans sa niche. En 1h44, il ne s’éparpille pas, alternant démos martiales impressionnantes, moments d’amitié et action dosée. Les défauts (comme le scénario linéaire, les dialogues fonctionnels ou la fin un peu lisse) s’effacent devant la sincérité du projet : célébrer le wushu moderne, ses champions méconnus, via une histoire accessible.

Produit par Jackie Chan (qui n’apparaît pas), tourné avec un budget modeste (4 millions de $), Wushu a trouvé son public auprès des pratiquants et des familles chinoises. En Occident, il passe inaperçu, mais reste une curiosité pour qui veut voir du kung-fu « propre », sans les excès des années 2000. Sammo Hung élève l’ensemble ; sans lui, ce serait du téléfilm correct.

Pas de révolution donc, mais un hommage efficace au wushu compétitif, avec des athlètes qui en jettent et un monument comme Sammo pour guider la danse. Idéal pour une soirée détente, entre deux Miike sanglants ou Zhang Yimou chromatique. Wushu c’est du kung-fu sain, réaliste, familial, qui rappelle que les arts martiaux servent d’abord à grandir.

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