
Sonauto arrive dans le paysage de l’IA musicale comme un caillou dans la chaussure des géants : là où Suno AI et Udio comptent les crédits, lui promet de faire sauter le péage et d’ouvrir les vannes de la création sans limite. 100% gratuit, génération illimitée, droits commerciaux inclus : le pitch ressemble à un slogan, mais derrière l’effet d’annonce, il y a une vraie vision de rupture.
Un générateur… et un terrain de jeu
Au premier abord, Sonauto ressemble à un “Suno-like” : un champ de prompt, des paramètres de style, un bouton pour lancer la génération et, quelques instants plus tard, un morceau complet avec voix, harmonie et structure. Sauf qu’une fois la première écoute passée, on découvre que la plateforme est pensée comme un atelier plus que comme une simple machine à chansons. On peut partir d’un texte, d’une ambiance, d’une référence d’artiste, puis revenir sur ce qu’on a généré pour étendre, remplacer, recomposer des sections entières sans tout jeter à la poubelle.
L’architecture technique n’est pas celle d’un chatbot musical classique : Sonauto s’appuie sur un modèle de diffusion latente baptisé « Melodia », inspiré des générateurs d’images type Midjourney plutôt que des LLM. Ce qui lui permet de manipuler la musique comme une matière continue plutôt que comme une suite de tokens figés. Dans la pratique, cela se traduit par des morceaux pouvant atteindre près de 4 minutes 45, avec une logique interne qui tient mieux la distance qu’un simple clip de 90 secondes ré-étendu à coups de copié-collé.
Une réponse directe au “paywall” de l’IA musicale
Là où Sonauto change vraiment le bousin, c’est sur son rapport au modèle économique. La plupart des générateurs IA musicaux imposent une forme de rareté artificielle : quelques morceaux gratuits, puis des abonnements ou des packs de crédits qui vous rappellent à chaque clic que la création a un compteur. Sonauto prend le contrepied total : génération illimitée, usage entièrement gratuit dans sa version publique, et droits commerciaux inclus par défaut pour les morceaux que vous créez.
Ce choix n’est pas qu’un argument marketing : il aligne l’outil sur une idée assez radicale de la démocratisation créative. Vous voulez un hook pour un TikTok, une intro pour un podcast, un fond pour une bande-annonce, ou même une base pour un EP autoproduit ? Pas besoin de réfléchir en termes de budget par morceau : vous pouvez itérer, rater, recommencer, empiler les versions jusqu’à trouver ce qui colle, sans vous censurer.
Pour un producteur indépendant ou un créateur de contenu, c’est une libération psychologique autant qu’économique. Là où Suno vous incite à “optimiser” chaque génération parce qu’elle coûte, Sonauto vous encourage au contraire à expérimenter, quitte à garder seulement 10% de ce que vous produisez.

Un studio dans le navigateur
L’autre différence majeure avec les générateurs plus “plug-and-play”, c’est l’éventail des manipulations possibles. Sonauto n’est pas seulement un bouton “Generate Song” : c’est une sorte de mini‑station de travail assistée par IA.
Vous pouvez par exemple :
- isoler les stems (voix, drums, basse, instruments) pour remixer, sampler, ou réarranger ailleurs ;
- utiliser l’inpainting pour réécrire seulement un couplet, remplacer un drop, rallonger un bridge, sans toucher au reste du morceau ;
- étendre un clip initial en version longue, section par section, plutôt que de regénérer une track complète à chaque modification ;
- ajuster manuellement le BPM depuis la v2.2 pour coller aux besoins d’un DJ set, d’un montage vidéo ou d’un projet fitness ;
- jouer sur des contrôles avancés (force de la voix, force du style, “Fancy mode”, scripting plus complexe) pour sculpter des morceaux à plusieurs personnages, dialogues chantés, changements d’ambiance en cours de route, etc.
Cette logique “atelier” fait de Sonauto un excellent terrain pour ceux qui aiment bricoler, découper, recoller – tout ce que vous faites déjà en DAW, mais avec un moteur d’IA qui vous assistent à chaque étape.
Sonauto face à Suno : une autre philosophie
Inévitablement, Sonauto est comparé à Suno. Les deux transforment des prompts en chansons, mais l’expérience et l’intention diffèrent. Les tests et comparatifs récents dessinent une opposition claire : Suno reste souvent la référence pour des voix hyper naturelles dans des contextes pop mainstream, tandis que Sonauto mise sur la liberté d’usage et la profondeur d’édition.
Du côté de la qualité audio brute, la v2 de Sonauto a franchi un vrai cap : mix plus propre, voix plus lisibles, structure plus cohérente, au point que certains le jugent “meilleur que Suno” sur certains types de rendus. Notamment quand on exploite les options d’édition plutôt qu’un simple one‑shot. En revanche, sur la rapidité du cycle d’itération, Suno conserve un avantage : vous pouvez relancer des variations très vite, là où Sonauto nécessite souvent un rechargement ou une première génération avant d’affiner, ce qui donne un workflow un peu plus lent et moins fluide en mode “jeu vidéo”.
En résumé :
- si vous cherchez surtout un “jukebox magique” qui sorte des chansons bluffantes à partir de deux lignes, Suno reste très fort ;
- si vous voulez un espace de création où expérimenter, découper, remixer, allonger, réécrire sans limitation de volume, Sonauto marque des points décisifs.
Une révolution… avec ses zones floues
Tout n’est pas idyllique pour autant. Même si l’on peut encenser son côté libérateur, il faut pointer des zones d’ombre ou d’imperfection. L’interface est parfois déroutante : on ne comprend pas toujours immédiatement ce qui se génère, à quel stade on est, ou comment reprendre exactement tel segment plutôt que tout le morceau. Le temps de génération pour les opérations d’édition (inpainting, extensions) peut être long, surtout quand on empile les requêtes.
Comme pour tous les modèles d’IA musicale, la question de l’éthique et de la provenance des données d’entraînement reste en arrière‑plan : ni Sonauto ni ses concurrents ne jouent une transparence totale sur les catalogues qui ont servi de base. Et les débats sur la légitimité de reproduire des styles existants sans rémunérer les sources ne sont pas réglés. Le fait que la plateforme offre des droits commerciaux généreux n’éteint pas ces interrogations, il les déplace.
Les résultats eux-mêmes restent, par nature, variables : un prompt précis et bien pensé donnera des morceaux étonnamment pertinents ; des instructions vagues ou contradictoires produiront des titres “hit or miss”, parfois inspirants, parfois inutilisables. Mais c’est aussi la logique d’un outil qui n’essaie pas de se poser en oracle infaillible : Sonauto est là pour qu’on teste, se trompe, itère, sans avoir peur de “gaspiller” des crédits.
Pris dans son ensemble, Sonauto ressemble moins à un “Suno gratuit” qu’à un manifeste : l’idée que l’IA musicale ne devrait pas être un luxe à la minute, mais un matériau illimité que chacun peut tordre dans son propre sens. Pour un créateur qui aime creuser, recomposer, sampler et expérimenter, c’est une promesse explosive. À vous de voir si vous l’utilisez comme machine à maquettes, comme laboratoire secret… ou comme pierre angulaire d’un workflow où la barrière entre idée et morceau fini devient presque inexistante.







