A Propos

A propos

Je débarque en France une fin janvier, année 2009. Avant ça ? C’est pas le sujet de cet A Propos. Le premier truc qui me frappe c’est qu’il n’y a pas vraiment d’hiver (bon je ne viens pas de loin mais 5-10°c de plus et moins d’humidité ça se ressent). Résultat le premier jour je suis le seul à manger mon McDo à l’extérieur sur le temps que les gens sont entassés à l’intérieur d’un bâtiment dont les vitres dégoulinent de gras et de condensation. La température ça m’arrange car chez moi j’ai pas de chauffage de toutes façons vu que j’ai pas d’électricité. Ni de meubles ou de frigo. En fait j’ai rien, juste une valise de vêtements et un matelas gonflable pour dormir.

Déjà que je suis arrivé dans un appart loué à distance, que je n’ai jamais visité ou même vu en photo, dans un quartier que je ne connais pas … heureusement la ville me dit quelque chose, elle (un peu quoi, je suis passé 2 jours par ici quelques semaines avant … mais je connais bien pour avoir “streetviewé” la ville dans tous les sens via Google Maps).

Si je gère bien mon budget j’ai de quoi vivre 6 mois sur place. Le temps de peut-être trouver un travail et rester. C’est le but, parce que si ça ne se fait pas je vais devoir retourner chez mes parents ou faire SDF. Les 2 options me semblent bien pourries. Du coup je rogne les dépenses au max (je ne peux toujours plus manger de thon aujourd’hui tellement j’en ai avalé les premiers mois) et mon seul repas chaud de la semaine c’est le mardi chez Domino’s (parce que c’est moins cher) ou un fast-food quand j’ai trop envie d’un truc gras pour me caler l’estomac.

Les 2 premières semaines sont compliquées. Les banques ne veulent pas t’ouvrir un compte parce que tu n’a pas de justificatif de domicile et le mot de ma proprio ne suffit pas. On ne veut pas t’ouvrir le compteur d’eau ou l’électricité sans compte bancaire. Je me chauffe un peu en allant remplir les papiers chez Pôle-Emploi, juste en cas où, mais je sens bien que j’ai peu de chances d’avoir autre chose de leur part que ce petit moment de chaleur.

L’éclaircie

Puis enfin une banque accepte la création d’un compte sur lequel je pose de l’argent afin de pouvoir ouvrir le compteur électrique et l’eau. En plus j’ai eu droit à un cadeau de bienvenue de la banque : une Senseo. Je suis devenu le roi du pétrole.

Malgré tout ce n’est pas encore les vacances, mon argent va partir encore plus vite maintenant que je vais payer ces éléments de luxe. Je bosse dans le web donc avoir un ordinateur sous la main serait une bonne idée, surtout quand tu ne connais personne dans la ville. Via Twitter je connais du monde mais je n’ai pas de contact plus direct que ça (téléphone ou autre), sauf avec l’un d’entre eux : Eric du site Presse-Citron.

Je l’avais rencontré lors de mon passage éclair quelques semaines plus tôt et ayant décidé de venir vivre dans la ville j’avais décidé de lui laisser le sac de vêtements que j’avais emporté avec moi. J’ai eu foi en l’avenir sur le coup. J’ai eu raison car non seulement il n’a pas vendu mes fringues sur Ebay mais en plus il me vend, peu cher, un PC qu’il avait en stock et n’utilisait plus. Et en plus il me prête une clé usb qui fait wifi. J’ai non seulement un ordinateur mais je peux en plus me connecter sur Internet. Oh joie ! Je n’ai pas de table pour poser l’ordi donc je bosse par terre mais j’ai l’impression de faire mon difficile. Nous nous sommes perdu de vue depuis mais je n’oublie pas que si je suis encore ici c’est en partie grâce à lui.


Photo d'ordinateur


Cela fait maintenant 5 ou 6 semaines que je suis arrivé et toujours rien. Je n’ai pas de numéro de sécu, rien pour être facturé d’un taf quelconque, …. C’est le moment d’avoir mon premier (et seul) gros coup de blues. Marre de devoir faire gaffe à tout ce que j’achète, marre de l’écho qu’il y a dans mon appart vide depuis que je suis sur place, … et surtout marre de mon matelas gonflable qui a crevé et me laisse dormir à même le sol (pro tips : le coup du chewing gum pour boucher le trou fonctionne plutôt bien). Je finis donc par craquer et fait ce que toute personne saine d’esprit ferait dans ces conditions : je vais chez IKEA m’acheter quelques meubles les moins cher possible. Un clic-clac, une table et un petit frigo. Tant pis si ça diminue la période de temps qu’il me reste pour trouver un job … si je dois partir au moins j’aurai vécu comme un riche quelques mois (#yolo).

Puis j’entends parler du statut d’auto-entrepreneur qui vient juste d’arriver. Pas besoin de numéro de sécu ou autre. Et ça ne coûte rien. Top ! Je deviens donc auto-entrepreneur en date du 1er avril (pas de poisson), même si je ne sais pas ce que c’est vraiment (quels sont les limites, mes droits, etc.) je sais que je vais pouvoir être facturé si je bosse. Et c’est là qu’entre en jeu Romain. Il m’embauche en période d’essai quelques semaines puis m’engage à temps complet le mois suivant. Je peux enfin m’installer définitivement, arrêter de bouffer ces con**** de thons en boîte et démarrer une nouvelle vie. C’est marrant d’ailleurs de voir comment le cerveau fonctionne, des années plus tard je me souviens toujours l’endroit précis où je me trouvait lorsqu’il m’a téléphoné pour me dire qu’il m’embauchait, comment j’étais habillé, … alors que je suis incapable de me souvenir ce que j’ai mangé hier soir. Après 4 mois à ne pas savoir de quoi mon futur allait être fait je pouvais enfin respirer plus librement.

Les merci

Cette nouvelle vie je me la doit avant tout à moi-même pour avoir tout quitté ailleurs, pour avoir eu un niveau de travail convenable, … mais Romain arrive juste derrière. En me donnant ma chance, à mes yeux il m’a embauché en CDI (Contrat à Durée Interminable). Soit il me vire (et je lui pardonnerai ^^), soit il se tape ma présence jusqu’à la pension (pas sûr qu’il me pardonne par contre). Même si l’on me propose des salaires démentiels ailleurs. Et s’il me prend un jour des envies entrepreneuriales il sera d’office intégré au projet “par défaut”, il aura la place qu’il désire.

Je suis comme ça. Rien à faire des gens autour de moi qui me disent que je devrai aller voir ailleurs car je serai sans doute mieux payé, que j’aurai plus ceci ou cela. Je suis comme le banquier Amadeo Gianinni (fondateur de la Bank of America) qui faisait des prêts aux gens sur base d’un simple regard dans les yeux et d’une poignée de main. La promesse de lui rendre son argent suffisait.

On ne se fréquente pas beaucoup avec Rom cela dit. Ce qui est étrange entre patron-employé et encore plus entre amis. On se voit “en vrai” moins d’une fois par an, via web on se parle moins d’une fois par mois (je mettrai même presque ma main à couper qu’il y a eu des moments ou on a pas dû se parler 4 fois sur l’année). Sauf depuis janvier ou je le saoule quasi chaque semaine, résolution 2017 😉 #Improve. C’est pareil avec ceux que je considèrent comme des amis (comme Korben, Eric ou Seb), les voir une fois par an (ou moins) ne retire rien à ce que je pense d’eux. Bien sûr la relation ne grandit pas forcément mais chez moi elle ne faiblit pas non plus avec le temps (à moins de s’être mal comporté). Je vois ça sous l’angle du long terme, à certains moments de la vie tu peux t’éloigner de quelqu’un puis te rapprocher à nouveau. Je sais qu’il y a du travail à faire pour quitter mon côté “ours”.


Image ours en peluche


Et puis il y a les relations amoureuses, ça aussi c’est important dans la vie (si si j’vous jure, les vrais gens c’est mieux que sur les Internets). Au départ …rien, parce que quand t’a juste de quoi manger et te loger pour quelques mois tes priorités sont ailleurs. Puis … toujours rien enfin pas grand chose, juste l’une ou l’autre relation courte comme une manière de me rôder à la mentalité locale.

Puis le grand Amour, sauf que je l’avais déjà perdu avant de m’en rendre compte et que je n’étais pas au courant. Paraît que ça arrive. N’empêche tu te fait l’effet d’être un con quand tu t’en rend compte. Puis ça passe et tu en reviens à l’étape précédente, celle ou il ne se passe presque rien, mais cette fois je n’ai plus à m’inquiéter pour le logement et les repas. J’ai l’impression d’avoir progressé, c’est cool.

L’inertie

Ce sur quoi j’ai surtout progressé depuis mon arrivée en France c’est sur moi-même. J’avais déjà l’impression d’avoir pas mal avancé depuis le jour de mon débarquement mais c’est surtout dans les 2 dernières années que cela a commencé à prendre tout son sens. 8 ans c’est long et en même temps très court pour réformer d’anciennes habitudes et visions des choses.

Durant cette période j’ai même fait un peu de sport (le truc inimaginable pour toute personne m’ayant connu avant) genre course à pied (distance demi-marathon) et surtout de la course à obstacles. Avec Seb à qui j’ai fait découvrir ce sport. Lui s’y est tenu et a même fait un super site sur le sujet. Moi j’ai été fainéant et j’ai remplacé ça par des marathons de séries TV, des demi-marathons de League of Legends et mes seuls obstacles ont été de terminer certains livres d’un bon millier de pages. Va me falloir trouver un équilibre. Ou peut-être que l’équilibre se trouve là, dans le fait de passer d’une extrême à l’autre au bout de quelques mois. Même si j’en doute … autant aujourd’hui je me fais la remarque “c’est chiant d’être en méforme” autant à l’époque je ne me rappelle pas m’être dit une seule fois “oh fuck, c’est chiant d’être en forme … bien vite que je redevienne mou et fade”.


Image personne en train de courir


Les hauts et les bas sont nécessaires dans une vie, pour autant que l’on sache tirer des leçons des moments difficiles. C’est d’ailleurs souvent dans ces derniers que l’on trouve la force et l’envie de se relever plus fort, que l’on voit ses faiblesses exposées et que l’on peut travailler dessus afin de s’améliorer. J’y ai trouvé mon crédo : #Improve (ça claque mieux en anglais). Chaque matin mon énergie est focalisée sur l’amélioration : améliorer ma santé, avoir des relations plus enrichissantes, devenir meilleur au travail, apprendre de nouvelles choses, découvrir, tester, … et donc aussi à me débarrasser de tout ce qui va dans l’autre sens : les personnes toxiques, les dépendances néfastes ou la procrastination, fuir les discussions négatives/inutiles (gens qui se plaignent, échanges stériles, parler juste pour parler, …), etc.

Ce qui est compliqué c’est de s’en rappeler tout au long de la journée. C’est simple de passer en mode automatique et enchaîner les tâches sans se rendre compte que l’on a perdu de vue son crédo. Facile de se laisser entrainer dans une discussion qui n’a pas pour raison d’améliorer quoi que ce soit, facile de s’enchaîner 2 épisodes de Walking Dead alors que l’on pourrait utiliser ce temps pour améliorer un aspect de sa vie ou de celle des autres, facile de se laisser aller à partager une critique ou une raillerie sur les réseaux sociaux plutôt que de proposer un avis constructif ou juste laisser passer. C’est humain. Mais avoir la discipline de se remémorer le plus souvent possible quel est notre objectif principal dans la vie est (j’en suis persuadé) un élément majeur de notre bonheur personnel. Et c’est ce à quoi j’essaye de m’atteler au jour le jour actuellement.

Je partage rarement mes sentiments en public, là ça m’est venu comme une envie de passer l’aspirateur. En même temps ça va dans l’optique de ma résolution 2017 qui est de sortir de mes habitudes et de ma zone de confort. Si je me relis je risque “d’éditer” donc j’évite. La prochaine fois que je m’étale comme ça ce sera peut-être dans 10 ans ou plus probablement jamais. Peut-être toujours à Lyon, plus probablement depuis ailleurs.

Bon c’est pas tout mais maintenant faut que je revende des vieux meubles IKEA inutiles sur Ebay 😉

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