
On entre dans La Danse du Lion (Shi di chu ma en VO, The Young Master en anglais) comme on s’installe dans une école de kung-fu. Un peu de discipline, un peu de chaos, beaucoup de coups et un maître de chapelle qui te tape dessus tout en rigolant. Le film de 1980 marque à la fois une étape dans la construction de l’image de Jackie Chan et un jalon dans la transition entre le pur kung-fu à l’ancienne et la comédie de corps qu’il va cultiver ensuite. Dans ce qui suit, on va regarder le film comme une expérience de Jackie pure, un peu lourd parfois, mais indéniablement emblématique de ce qu’il faisait de mieux à la charnière fin 70s / début 80s.
Le Jackie “en train de se construire”
Le film raconte l’histoire de Dragon (Jackie Chan), orphelin timide, intégré à une école de kung-fu dirigée par le maître Tien (Tien Feng), un peu grincheux, assez brutal, et qui s’attend à ce que ses disciples deviennent des guerriers redoutables. Le frère de Dragon, Tiger, est le héros local, mais il va se corrompre, vendre son école, et entraîner tout le reste dans un conflit avec une école rivale spécialisée dans un style de combat à l’éventail, brutal, sournois et redoutable.

Sur le plan de la carrière, La Danse du Lion (titre assez foireux en VF qui ne fait référence qu’à la scène d »introduction) est l’un des premiers films de Jackie chez Golden Harvest. Après ses débuts dans des productions plus modestes une décennie plus tôt, il finit par connaitre un certain succès fin en 1978/79 et rejoint alors la GH. Il y signe ici la réalisation et le scénario, ce qui lui permet de façonner un peu plus son style de combats, son humour, et sa manière de gérer la douleur. C’est aussi un film qui a battu précédemment des records de box-office tenus par Bruce Lee et qui a solidifié Jackie comme la nouvelle étoile de hongkongais.
Comédie de corps, douleur assumée
Le grand atout de The Young Master réside dans sa maîtrise chorégraphique et son humour. Le Jackie Chan de l’époque n’est pas encore le héros parfaitement rodé des années 90, mais il est déjà un acteur qui transforme la douleur en gag, et ça se voit à chaque chute, chaque faux mouvement, chaque facette de grimace.
Le film ne cache pas ses coups. Quelques scènes sont particulièrement difficiles à regarder tant on sent la violence réelle, mais c’est justement ce qui donne à l’action une dimension presque documentaire. Le combat final de 15 minutes, contre le maître de l’école rivale, “White Fan”, est souvent cité comme l’un des plus impressionnants de cette période de sa carrière, non seulement par sa longueur, mais aussi par sa complexité technique et son humour.
Cela dit, le film a ses limites. Le premier tiers, plus dramatique, est parfois considéré comme un peu lourd, avec des scènes de larmes, de trahison, mais aussi une certaine maladresse scénaristique. Jackie lui-même n’est pas toujours convaincant dans les scènes dramatiques, mais heureusement, le film ne s’attarde pas trop sur ces moments. Ce n’est pas la partie du film qui restera dans les mémoires.
Le film est aussi un peu inégal, oscillant entre le côté comique, le côté dramatique, et le côté purement martial, mais c’est ce mélange qui le rend intéressant historiquement. Il montre un Jackie Chan qui teste différentes tonalités, qui cherche à créer un style unique mélant comédie et kung-fu qui va le caractériser par la suite.
Pourquoi c’est un incontournable pour les fans de Jackie
Certains biographes de Jackie (voir les livres dédiés à Jackie Chan) parlent même de ce film comme un des jalons essentiels de son passage de « clone de Bruce Lee » à star de masse à la fois comique et martiale.
Si tu cherches une œuvre profondément psychologique ou un grand film de société, La Danse du Lion n’est pas ta ligne. Il s’agit d’un film de divertissement, conscient que son rôle est de faire rigoler et de faire claquer des coups. Mais c’est précisément dans ce registre qu’il excelle : il offre une expérience de kung-fu-comédie parfaitement représentative de l’époque, où le corps de Jackie est à la fois l’arme, la victime, et le moteur du rire.







