
Un réseau social où votre post ne disparaît pas mystérieusement dans le néant numérique parce qu’un algorithme a décidé que votre voix valait moins qu’une danse virale ou qu’un mème recyclé ? C’est précisément la promesse d’UpScrolled, plateforme australienne lancée en 2025. Mélange de microblogging, photos et vidéos courtes, avec un mantra simple : pas de shadowban, pas de favoritisme payant, pas de “For You” opaque.
Dans cet article, on va voir qui se cache derrière UpScrolled, comment fonctionne son fameux fil chronologique, pourquoi il attire à la fois créateurs, activistes et petites entreprises, en quoi il se distingue des mastodontes comme TikTok, Meta ou X, et quelles sont ses vraies limites techniques et stratégiques malgré un discours très idéaliste.
UpScrolled en deux mots : un Twitter + Instagram sans boîte noire
UpScrolled est décrit comme une plateforme australienne de microblogging et de partage de vidéos courtes, lancée en juin 2025 par la société Recursive Methods Pty Ltd. Concrètement, les utilisateurs peuvent poster des textes, des photos et des vidéos (courtes ou plus longues), liker, commenter, repartager et discuter en messages privés, dans une interface qui rappelle un croisement entre Instagram et X. Sur les fiches App Store et Google Play, le pitch est limpide : “Social without limits — Express. Create. Connect.” avec la panoplie classique de réseau social moderne, du profil customisable aux stories quotidiennes. Jusque là, rien de transcendant.
Là où UpScrolled se démarque, ce n’est pas tant dans les formats que dans son positionnement « idéologique ». La promesse d’un réseau “éthique, anti-algorithme, centré sur la transparence et la justice dans la visibilité des contenus”. L’équipe résume la philosophie ainsi sur son site : “No shadowbans. No algorithmic games. No pay-to-play favoritism. Just authentic visibility for all.” Dit autrement, fini le sentiment d’être puni pour avoir parlé d’un sujet sensible ou d’avoir refusé de booster un post à coup de carte bleue.

Un projet né d’un ras-le-bol très politique
Le site officiel raconte une histoire qui tranche avec les récits aseptisés des startups classiques. UpScrolled serait né du constat que “les réseaux sociaux ont cessé d’être sociaux” pour devenir des machines à engagement où les algorithmes remplacent la connexion réelle. Le point de rupture survient fin 2023, quand son fondateur, Issam Hijazi (technologue palestino-jordanien-australien passé par IBM, Oracle et Hitachi) observe que des témoignages sur certains événements mondiaux disparaissent de ses fils alors que la désinformation prospère. Plutôt que d’attendre un hypothétique sursaut des plateformes dominantes, il décide de “remettre l’équité au centre des réseaux sociaux”, avec des règles affichées, une modération expliquée, et une visibilité “méritée, pas accordée par privilège”.
Autour de lui, on retrouve un advisory board très marqué justice sociale, avec par exemple Paul Biggar (fondateur de Tech For Palestine, CircleCI et Darklang) ou Gabriella Bord, entrepreneuse qui milite pour des espaces numériques où les communautés marginalisées peuvent raconter leurs histoires sans filtres ni peur. Cette dimension politique se retrouve dans la couverture médiatique. Al Jazeera et d’autres médias soulignent que UpScrolled est rapidement devenu un refuge pour les contenus pro-Palestine, largement visibles sur la Discover Page quand d’autres plateformes sont accusées de censure ou de throttling. Plusieurs sources mentionnent que, début 2026, des posts relatifs à Gaza et à la solidarité avec les Palestiniens comptent parmi les plus discutés sur l’app.
Comment fonctionne le fameux fil chronologique d’UpScrolled ?
Techniquement, UpScrolled propose deux flux bien distincts : un Following Feed et un Discover Feed.
- Le Following Feed est annoncé comme 100% chronologique : les posts des comptes que vous suivez apparaissent dans l’ordre où ils sont publiés, sans reranking, sans suggestion imposée, sans boost caché.
- Le Discover Feed, lui, utilise un ranking transparent basé sur l’engagement (likes, commentaires, partages) avec une décote temporelle et une petite part de hasard, mais là encore dans un ordre chronologique lisible.
La FAQ est très explicite : UpScrolled affirme ne pas utiliser de modèles IA/ML pour le ranking, à l’exception de signaux simples et déclarés, et insiste sur l’absence de shadow banning ou de limitation de portée basée uniquement sur un point de vue politique ou idéologique. Si un contenu est retiré ou restreint, l’utilisateur est notifié, et un processus d’appel est annoncé. Sur le plan technique, les serveurs principaux sont hébergés à Dublin, en Irlande, avec chiffrement des données en transit (TLS) et au repos, et des CDN pour la performance globale. De futures options de chiffrement de bout en bout pour les messages privés sont mentionnées, mais pas encore actives à l’heure actuelle.
En pratique, on a l’impression d’un “retour aux réseaux sociaux des années 2010”, quand un fil chronologique permettait de vraiment suivre des comptes plutôt que de jouer au chat et à la souris avec un algorithme capricieux. Pour les créateurs et les petites marques, l’intérêt est évident : votre portée dépend d’abord du fait que vos abonnés se connectent et scrollent, pas de votre budget pub.
Pourquoi UpScrolled explose-t-il après le séisme TikTok aux États-Unis ?
Le timing joue clairement en faveur d’UpScrolled (qui comptait plus d’un million d’utilisateurs en février). Plusieurs médias (Al Jazeera, Euronews, Lifehacker) relient son envol récent à la restructuration / reprise de TikTok aux États-Unis, qui pousse une partie des utilisateurs à chercher des alternatives perçues comme plus indépendantes et moins opaques. D’après des données relayées, l’app a atteint la première place de la catégorie “social networking” sur l’App Store aux États-Unis et au Royaume-Uni fin janvier 2026 (environ 400 000 téléchargements aux US et 700 000 au global, dont 85% après le 21 janvier). Euronews en français titre carrément sur “le réseau social qui explose aux États-Unis alors que TikTok se restructure”, en insistant sur cette bascule d’une partie de la jeunesse et des activistes vers un espace jugé plus équitable.
Ce succès tient aussi au format. UpScrolled permet de scroller des vidéos verticales façon TikTok, tout en gardant la possibilité de poster de simples textes ou photos, ce qui séduit autant les fans de microblogging façon Twitter que les créateurs visuels. Selon les premiers retours, les utilisateurs utilisent néanmoins davantage texte et photo que vidéos ultra-produites, ce qui donne une ambiance plus “chronique du quotidien et engagement politique” que “show permanent de divertissement”.

Liberté d’expression, oui mais avec quelles bornes ?
Le discours marketing insiste sur le “no censorship”, mais la FAQ nuance en précisant qu’UpScrolled ne pratique pas la censure basée sur le point de vue. Tout en appliquant des Community Guidelines classiques : pas d’activité illégale, pas de discours de haine, de harcèlement, de contenus sexuels explicites hors cadre, ni d’usage non autorisé de contenus sous copyright. La plateforme rappelle qu’elle n’est pas un média ni un éditeur, et que les utilisateurs restent responsables de ce qu’ils publient, même si elle facilite l’expression et la connexion.
Sur la question des données, UpScrolled affirme ne pas partager les données personnelles avec des tiers à des fins marketing ou de profilage commercial, sauf obligations légales (ordonnance judiciaire, etc.), et met en avant un hébergement dans une juridiction alignée avec une protection forte des données personnelles. Cette promesse est régulièrement mise en avant dans les articles qui comparent la plateforme aux géants très gourmands en data comme Meta ou TikTok. Pour la monétisation, des publicités sont “probablement” prévues dans la feuille de route, ainsi que des outils pour payer les créateurs, sponsoriser du contenu ou soutenir des communautés, mais sans détails complets à ce stade.
UpScrolled face à TikTok, Instagram et X : qui fait quoi ?
Pour y voir clair, voici un tableau comparatif synthétique :
| Aspect | UpScrolled | TikTok | X (Twitter) | |
|---|---|---|---|---|
| Positionnement | Réseau social “éthique”, anti-algorithmique, centré sur la transparence, l’activisme et les petites voix | Divertissement vidéo courte, FYP hyper-personnalisée | Réseau visuel (photos, Reels) intégré à l’écosystème Meta | Microblogging temps réel, news, opinions |
| Formats | Textes, photos, vidéos courtes et longues, stories, DM | Vidéos courtes verticales, live | Photos, vidéos, Reels, stories, DM | Textes, médias, spaces audio |
| Logique de fil | Following 100% chronologique, Discover transparent basé sur engagement et temps | “For You Page” algorithmique opaque, ultra-personnalisée | Feeds fortement algorithmique, suggestions multiples | Mix Following/For You avec ranking opaque |
| Shadowban & ranking | Promesse : pas de shadowban, règles explicites, notifications en cas de retrait, appel possible | Accusations fréquentes de shadowban, critères peu clairs | Visibilité liée à engagement et règles internes peu transparentes | Accusations récurrentes de throttling et boost sélectif |
| Données & serveurs | Serveurs à Dublin, pas de vente de données à des tiers marketing, chiffrement en transit et au repos | Collecte massive de signaux comportementaux pour ciblage pub | Intégration profonde avec Facebook/Meta, profilage cross-app | Exploitation extensive des données d’engagement pour pub et recommandation |
Ce qui ressort, c’est qu’UpScrolled occupe un créneau très spécifique. Un réseau moderne en termes de formats mais qui veut reproduire la simplicité perçue comme “perdue” des débuts de Twitter ou Instagram, tout en assumant une dimension politique forte autour de la lutte contre la censure algorithmiquement biaisée.
Quelles limites et quels risques à garder en tête avant de se jeter dessus ?
Même si l’ambition est séduisante, plusieurs limites apparaissent déjà. D’abord, la promesse “no AI/ML ranking” signifie aussi moins de personnalisation fine. Le fil Following chronologique peut devenir chaotique pour des utilisateurs qui suivent beaucoup de comptes, et le Discover risque de favoriser mécaniquement les contenus déjà populaires, même si un peu de randomisation est prévue pour donner une chance aux petits comptes. Ensuite, le modèle économique reste flou. Les publicités sont “probables”, la monétisation des créateurs “prévue”, mais sans détails sur la manière dont ces leviers pourraient réintroduire, à terme, du favoritisme payant ou des incitations à optimiser pour l’engagement pur.
Autre point : si l’hébergement en Irlande et le refus de vendre les données à des tiers sont rassurants, la FAQ rappelle honnêtement qu’aucun système n’est parfaitement invulnérable, et que certaines données peuvent rester accessibles dans certains contextes (obligations légales, etc.). Enfin, UpScrolled concentre déjà une forte activité militante, en particulier pro-Palestine. C’est une force pour la visibilité de certaines causes mais cela peut aussi attirer une polarisation rapide, ce que plusieurs observateurs pointent comme défi à moyen terme pour la modération et la gouvernance.
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